1/
Présente-nous tes activités :
Je m’appelle Marc et je suis depuis quelques années actif
dans différentes associations de la région messine. Premièrement
dans COMBAT ROCK, en commençant par démarcher de nombreux
groupes français pour la seconde compilation Dites-le
avec le sourire, puis dans PavéMusik, association que
j’ai monté avec Cédric et quelques copains pour donner
un statut légal à Worst. Par la même occasion, je cherchais
à faire taire les gars, qui, lors des concerts, m’appelaient
“Monsieur Combat Rock”. Ils commençaient par brancher
Caps qui me les envoyait afin de rester tranquillement
à boire au bar avec quelques copains de biture. Avant
cela, j’en avais rien à foutre de faire quelque chose,
disons-le franchement ! Je ne lisais pas de zines, rien
à branler de jouer dans un groupe lorsque c’est plus facile
d’en écouter un en buvant quelques bières, ou bien de
monter un truc défini comme constructif et positif. Le
fun et la musique étaient les 2 choses qui m’intéressaient
le plus à cette époque.
2/
Qu’est-ce qui t’as donné l’envie de lancer le projet
Worst ?
C’était un défi avant tout. On ne pensait vraiment pas
y arriver. Tout commença lorsque nous avons vu chez
Caps le magazine punk anglais Punks Live. Au même moment,
nous recevions le premier numéro du zine belge Teenage
Warning. L’un présentait un design qui nous avait toujours
attiré, tandis que l’autre, une forme adéquate de support
à développer en France. Nous n’avions jamais fait de
zine, et encore moins sur ordinateur, nous avons donc
décidé de faire quelque chose sans savoir le faire techniquement
parlant. Nous pensions faire de jolis découpages de
textes et photos qui au final seraient scannées pour
sortir les films nécessaires pour l’imprimerie. On était
bien loin de la réalité... Mais nous n’avons pas baissé
les bras pour autant. Nous tenions à faire quelque chose
d’assez professionnel pour le fanzinat punk français,
tel que le zine New Wave des années 80, avoir un impact
important pour une plus large promotion de la scène,
sans égaler bien sûr les trucs à la Plastic Bomb ou
Skin Up, mais prouver que nous les français, nous ne
sommes pas les derniers branchés d’Europe. Je pense
aussi que nous n’avons jamais cherché à faire une compétition
avec les différents fanzines existants, nous nous sommes
inspirés de certains, avons évité les erreurs d’autres,
tout en restant fidèle à notre démarche et nos convictions.
Nous pensions même inclure dans notre groupe d’autres
personnes de la scène française qui nous auraient apporté
des chroniques, interviews, news ou photos. Mais bof,
pas vraiment trouvé de solidarité à ce niveau. Il est
vrai que nous sommes un peu exigeants sur le travail
à fournir, mais même les personnes qui nous aidaient
ne le faisaient que ponctuellement. Par ailleurs, je
suis satisfait que Johan ou Mark nous aient apporté
leur participation à ce dernier numéro, l’historique
des Slaughter est intéressant tandis que l’article de
Gary Bushell nous éclaire sur certains faits que je
n’ai pas connu. Mais pour ce dernier, je regrette tout
de même que certaines parties obscures de sa vie n’aient
pas été plus examinées et qu’il ne nous ai pas révélé
le petit nom de sa copine de chambre.
3/
A combien d’exemplaires est tiré Worst aujourd’hui ?
Le premier numéro a été tiré à 2000 exemplaires, les
suivants à 1300 exemplaires, et les 2 derniers à 1500
exemplaires. Nous comptons environ 300 abonnés qui se
renouvellent au fur et à mesure qu’on nous découvre
ou qu’un abonnement se termine. Je pense que notre photobook
sera tiré à 2000 exemplaires, et chaque CD de notre
label à environ 1000 exemplaires en tirage limité.
4/
Etant donné que Worst touche un public plus large que
les fanzines punk classiques, pourquoi ne faites-vous
pas découvrir plus de groupes français dans vos pages
? Je veux dire que si on peut reprocher à beaucoup de
fanzines français de ne s’intéresser qu’à la scène française,
n’êtes-vous pas tombé dans l’excès inverse, au point
de laisser croire aux gens qui ne lisent pas d’autres
fanzines punk que la scène française est marginale ?
Personnellement, ma culture musicale est si large que
je ne me cloisonne pas à écouter que du punk français.
Ceci explique donc la répartition mixte des nationalités
des groupes. J’adore les groupes british 77, ceux du
revival anglais qui pour moi sont les plus importants
dans mes influences, ou les excellents nouveaux groupes
que j’ai découvert en faisant Worst. La scène française
a été trop imbriquée dans l’alternatif, le petit jeune
de base reste branché Berurier Noir et Sex Pistols avant
tout, un peu de Nirvana pour les plus jeunes ou d’Exploited
pour les plus vieux. Rajoutes quelques autres noms tels
que les Cadavres, Lofofora, Metallica, Sheriff ou Ludwig,
et tu as fait en gros le tour du répertoire de la plupart
des jeunes qui écoutent du punk en France. Reste les
branchés qui connaissent jalousement tous les bons groupes
dans le vent du moment et donc voilà que lorsque un
super groupe étranger passe en France, tu te retrouves
seulement à 30 ou 60 personnes à les accueillir en concert,
comme une secte d’initiés. Seule la Bretagne est un
peu marginale dans mon raisonnement car la-bas je pense
qu’ils ont su monter une scène qui vibre et se déplace
rien qu’à entendre le mot “concert punk”. Mais ce phénomène
a aussi ses limites. Donc, à ce niveau, il y a déjà
un problème de culture et de tolérance envers ceux qui
n’ “assurent” pas comme les grands. Par conséquent,
je pense qu’avec Worst, on a plutôt privilégié la promotion
de groupes étrangers, car ils sont vraiment très peu
accessibles. De plus, il y avait aussi dans notre démarche
de faire connaître d’excellents groupes qu’on adore,
de ne pas rester les seuls à écouter des gens qui valent
souvent le détour musicalement.ou idéologiquement, à
pousser les gens à faire l’effort de découvrir, et je
pense qu’en lisant nos courriers, il y a des personnes
qui sont satisfaites d’avoir fait ces démarches. Un
autre point qui explique la pauvreté de groupes français
dans Worst, c’est l’actualité musicale leur correspondant
et la motivation de ces mêmes groupes à bouger, à se
faire connaître. Peut-être que ceci tire sur le mercantile,
mais nous essayons de faire correspondre l’article avec
la sortie d’un disque, leur passage sur notre sol ou
une tournée à venir. Ici on parle de promotion, notion
qui peut frôler la commercialisation, mais nous en sommes
conscients, c’est en gros ce qu’on nous reproche souvent
de par notre démarche, mais étant de Metz et ayant accompagné
de nombreux groupes du coin tel que PKRK ou Charge 69,
nous nous rendons compte qu’un groupe est quelque chose
qui a besoin de vivre, de jouer, de bouger, de pousser
sa musique vers l’avant. Et pour cela, il faut faire
des sacrifices, des répétitions, des concerts galères,
se placer sur des labels, répondre au mieux aux interviews
dans des délais corrects... et force est de constater
que de nombreux groupes en France n’ont pas cette motivation
et se contentent d’une répète tous les 3 mois accompagné
d’une caisse de 75 et d’un paquet de feuilles OCB, c’est
un choix que je respecte, mais je pense alors qu’ils
n’ont pas spécialement besoin de nous. C’est difficile
à notre niveau de présenter un groupe sur 1 ou 2 pages
de Worst quand ce même groupe ne cherchera pas à faire
quelque chose pour cela. En plus, parler dans les mêmes
conditions d’un groupe qui vient juste de sortir une
démo suite à une soirée bien arrosée, qui splitte 3
semaines plus tard, est pour moi inutile. Je préfère
accorder mon temps à présenter un groupe qui a le feu.
La scène française peut être prise comme marginale dans
ce sens. Je m’en rends compte lorsque je démarche des
groupes pour les compils de Combat Rock Dites-le...,
c’est la galère pour recevoir une simple réponse, un
enregistrement, une photo ou bien un contact. Je reçois
des fois des réponses seulement un voire deux ans plus
tard. C’est dommage, voire lamentable. Autre chose qu’il
faut signaler, c’est que si on place deux ou trois groupes
français motivés par numéro, et bien au bout du dixième,
nous nous trouverions dans une impasse à ne plus avoir
de candidats répondant aux critères, et alors la porte
sera ouverte à des groupes que je n’assimile pas vraiment
à notre créneau musical (chanson française, rap, fusion,
noise) et que nous ne connaissons pas. Mais rassurez-vous,
il n’est pas encore question de nous élargir à ce point-là.
Dans ce sens, j’ai souvent voulu ouvrir notre sommaire
vers le ska, garage, le hardcore brutal ou mélodique,
avoir des interviews d’activistes divers (fanzine, radio,
dessinateur, organisateur...). Mais faute de temps,
d’organisation et de connaissances assez développées
pour aborder ces thèmes, nous n’avons jamais rien fait.
En dernier, nous voulions imbriquer dans le fanzine
des demi-pages de présentation de petits groupes français,
pas d’interview mais quelque chose de succinct avec
une photo et seulement une ou deux questions. Mais nous
ne l’avons jamais fait. Il ne faut pas oublier qu’avec
seulement 20 pages, notre place est très importante,
en plus la demande d’encarts publicitaires ne facilite
pas la chose.
5/
Worst touche une subvention de je-ne-sais-plus-qui,
ça ne les gêne pas d’aider un fanzine de punk à crêtes?
Tu te trompes au niveau de ta question. Notre équipe
a touché une subvention, et non “touche une subvention”.
C’était en mai 97, de plus je pense que tu dois avoir
encore les premiers numéros de Worst dans ta collection
de fanzines, donc tu sais très bien que notre sponsor
est l’organisme “Défi Jeunes” dépendant du ministère
la Culture. Et le logo a illustré au moins 5 numéros,
en plus juste en dessous de la jeune fille du sommaire
du Worst -5... Je pense que tu ne te contentes pas de
feuilleter notre zine en regardant uniquement les images,
mais que tu prends le temps de le lire. (NDY : Pour
répondre brièvement à cette réflexion persifleuse, “Défi
Jeunes” c’est le nom de la subvention, ça ne dit pas
par qui elle est attribuée, tu vois. D’autant plus qu’il
est écrit au dessus du logo “Jeunesse et sport”- et
également “Jeunesse et sport Moselle” sur le n°-1-).
Ta question laisse aussi sous-entendre une autre question
que tu ne me poses pas directement : pourquoi des punks
rebelles pactisent ou se vendent à un organisme public
contrôlé par le gouvernement pour recevoir de l’argent
? On avait besoin de pognon et on pensait arnaquer un
quelconque organisme de notre ville avec un projet bidon,
et une fois la thune en poche, leur balancer un truc
avec des affreux punks partout, Fuck off, on vous a
baisé !!! Mais bon, nous étions encore bien naïf d’essayer
de rouler des vieux fonctionnaires pourris qui connaissent
toutes les ficelles pour améliorer leurs fins de mois
grâce à l’argent détourné des collectivités, donc nous
nous sommes fait jeter de partout... ou presque car
Défi Jeunes ont été les seuls à nous ouvrir leur porte...monnaie.
La seule condition était d’être capable de faire quelque
chose par nous-mêmes, ils nous donnaient une partie
de la thune pour y arriver. Nous avons donc reçu suffisamment
d’argent pour nous acheter l’ordinateur qui nous sert
actuellement à faire notre mise en page, et de mon coté
j’ai sorti l’argent de mon bas de laine que j’avais
accumulé depuis 3/4 ans afin de payer l’impression du
premier numéro et d’assurer la sortie du deuxième. En
plus de tout cela, Caps et Combat Rock ont donné le
gros coup de pouce pour nous mettre sur les rails. A
aucun moment nos sponsors publics ne nous ont censurés,
nous ont jugés sur notre apparence ou notre façon de
vivre, leurs critères de sélection étaient uniquement
basés sur notre motivation, notre originalité, notre
utilité pour les autres, notre réussite, et notre façon
d’y parvenir. Je pense que nous avons bien répondu à
ces conditions. Ils en avaient rien à foutre qu’on aie
les cheveux verts ou rasés, des grosses chaussures de
hard rockers comme j’ai pu entendre, des boucles d’oreilles
dans le nez ou une plume dans le cul ! Nous sommes donc
tombés sur le cul (avec toujours cette fameuse plume)
en nous rendant compte de cela, et je pense qu’on en
a tiré une leçon qui pourrait être profitable à beaucoup,
lorsque je découvre dans notre scène punk la part importante
tenue par l’hypocrisie, la médisance et les jugements
naïfs fait par énormément de personnes. Personne de
la scène punk n’a voulu croire en nous, et surtout nous
aider financièrement, la plupart des groupes en avaient
rien à foutre, des gens blasés qui sont plus ennuyés
en recevant des interviews qu’autre chose, car il faut
faire des efforts de syntaxe, redire la même chose que
les dix précédents questionnaires, ceci rejoint mes
arguments de la question n°4. Quelques problèmes pour
trouver de l’aide pour monter notre projet de subvention
aussi, nous n’avons pu compter que sur nos amis... et
pas nécessairement des punks.
A SUIVRE...
| Et
maintenant, que vais-je lire ? |
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