Après
un n° d’absence, voici le retour de l’interview d’un activiste,
à savoir celle d’Arnaud de NO GOVERNMENT, qui a décidé
d’arrêter dernièrement, ce qui donne donc un intérêt particulier
à cette interview. Quand on vous dit que ce sont toujours
les meilleurs qui s’en vont ! (Bon,
depuis, Arno et Juliette ont décidé de recommencer
le zine !)
1/
Présentation de vos activités ?
Arno : Actuellement, nos activités sont arrêtées plus
ou moins définitivement. En ce qui me concerne, il me
reste le groupe Usual Suspects avec lequel j'ai repris
du service après 6 mois de pause forcée. Par le passé,
moi et Juliette faisions le zine No Government, et le
label Adrenaline Records. Le zine a édité 45 numéros
plus un hors-série, et le label a sorti 18 disques (EP,
LP, 25 cm, et CD).
2/
Pourquoi avoir arrêté le zine ?
J'ai 32 ans et Juliette un peu moins, nous étions arrivés
à un point où il fallait rentrer réellement dans la
vie active. En clair, il fallait bosser, on a eu beau
repousser les limites le plus loin possible, nous n'avions
plus le choix. Disons que le fait de ne plus avoir de
temps est la raison la plus importante dans ce choix,
mais il n'y a pas que celle-là. En ce qui me concerne,
j'en avais ras le cul de chroniquer des disques qui
ne m'intéressaient pas, et j'en avais marre de passer
mes concerts à me ballader avec des questions et un
magnéto. J'étais arrivé à un point de saturation. J'ai
fais ce truc pendant 15 ans et aujourd'hui je veux juste
vivre ma passion sans aucune pression, écouter du bon
punk-rock et ne plus me forcer à écouter des disques
qui me font chier juste parce que je dois les chroniquer.
3/
Si il fallait tirer un bilan de vos 15 ans de fanzinat,
quels sont les points positifs, les points négatifs
?
Dans les points positifs, je retiendrais surtout les
personnages hors du commun que j'ai croisé à travers
une bonne partie de l'Europe. J'ai rencontré des gens
vraiment bien, et je retiendrais aussi quelques mémorables
interviews, des rencontres inoubliables ou encore des
fins de soirées chaotiques… Pour les points négatifs,
disons quelques mauvais souvenirs avec quelques fafs
locaux des années 80, et surtout les éternelles engueulades
entre moi et Juliette qui précédaient la sortie des
numéros. Mais bon, pas vraiment de points négatifs.
4/
Même bilan pour le label : De Zabriskie Point aux Bulldogs
…?
Alors c'est très différent. Au départ le label était
un prolongement au zine. C'était aussi l'époque un peu
folle ou des mecs un peu déjantés comme Bruno (Limolife),
Steph (Dialektik) et d'autres se déplaçaient à travers
toute la France pour se retrouver parfois dans des concerts
quasi-confidentiels. On bossait la semaine, et le week-end
on allait se défoncer la tête 400 km plus loin, juste
pour retrouver les potes et écouter du punk-rock. A
cette époque il y avait Combat Rock, et grâce au dynamisme
de Caps, on a voulu faire aussi notre label. Le seul
truc, c'est que tu ne peux pas faire un label qui tourne
un peu et gérer ça comme un zine. Au début, tu ne te
rends pas compte, puis petit à petit, tu commences à
penser de plus en plus comme un commerçant. De quelques
milliers de francs pour un zine, tu passes à quelques
plaques pour un label, et encore avec quelques plaques
tu ne vas pas chier loin… Donc nous sommes très rapidement
arrivés à un point où nous ne pouvions plus continuer
comme cela. Adrénaline Records n'était plus un simple
passe-temps, mais pas encore un truc pro, il fallait
donc trancher. Nous avons donc préférer arrêter plutôt
que d'essayer d'en vivre. Pour en revenir à la question,
je regrette les nombreuses prises de tête avec certains
groupes avec lesquels il y a eu de grosses engueulades.
J'ai aussi pu remarquer qu'il y avait de vrais truands,
et aussi pas mal de faux-culs, comme quoi dès que ça
brasse un peu de pognon, les requins ne sont pas loin.
Cela est valable pour certains groupes, mais aussi pour
certains labels, qui, planqués derrière de beaux slogans
anti-capitalistes, s'en foutent plein les poches. Les
meilleures souvenirs resteront les premières productions,
celles des Messies ou encore des Bulldogs étaient dans
un bon esprit.
5/
Ecoutez-vous toujours autant de punk-rock depuis l'arrêt
du zine ?
Personnellement, j'en écoute beaucoup plus car je retrouve
du plaisir à réécouter un bon disque sans arrière-pensée.
Ce n'est pas parce que j'ai décroché de mes activités
que je ne suis plus un punk-rocker…
6/
La présentation du dernier No Gov' était très travaillée,
l'idée d'un fanzine imprimé façon Worst vous a-t-elle
effleurée ?
Non. Un pauvre truc comme No Government, c'était déjà
beaucoup de travail, alors faire comme Worst, je n'ose
même pas imaginer. Et puis au niveau finances, Worst,
c'est sûrement très lourd à gérer, ne serait-ce que
pour faire renter la thune des dépôts, et des efforts
à fournir pour atteindre un seuil de rentabilité. Avec
No Government, nous n'avions pas ce genre de contraintes.
Qu'on en balance 200 ou 700, c'était pareil, on pouvait
se permettre d'être peu regardant sur la trésorerie.
Hormis l'aspect financier, nous ne voulions pas ressembler
à Worst, ni à aucun autre, nous avions notre propre
style et nous ne voulions pas imiter qui que ce soit.
7/
Etant donné l'impact de No Gov' dans la scène, avez-vous
pensé à vivre de vos activités ?
Avec le zine sûrement pas. Avec le label il y a eu une
période où je travaillais à mi-temps, et donc j'avais
pensé sérieusement me faire mon autre moitié de salaire
avec le label ! Et puis bon, j'ai finalement opté pour
une solution plus en accord avec mes principes. Le punk-rock
étant une passion, pour rester intègre et libre, il
ne fallait plus mélanger les affaires et le punk-rock.
Je pense avoir fait le bon choix, d'autant que je n'ai
pas la solidité psychologique d'un gars comme Caps,
car quand je vois les galères qu'il a connu pour arriver
à en vivre, je ne pense pas que j'aurai pu le faire.
8/
Un sujet qui a étonné beaucoup, c'est cette histoire
de "cet enculé du Silence de la Rue", phrase qui ne
figure pas dans les exemplaires distribués par ce fameux
magasin. Il y a une explication ?
Cette phrase a été écrite dans un édito de Bob Morlock.
Il se trouve que cette phrase a été écrite car Bob ne
trouvait pas normal de ne pas pouvoir se payer le dernier
LP de Hellacopters, vendu 115 francs dans cette boutique.
Lors de la sortie du zine, je n'avais pas lu l'édito
de Bob, et lorsque je suis tombé dessus, je suis devenu
furax car si il y avait des enculés dans cette histoire,
c'était plutôt du coté des distributeurs qu'il fallait
aller voir. Je connais trop les difficultés des boutiques
indépendantes pour me laisser aller à ce genre d'insultes
gratuites. Les tirages suivants ont donc été modifié.
Je tiens à préciser que ce n'est pas la première fois
qu'on imprime des trucs, et que nous les corrigeons
lors des tirages suivants. Le truc, c'est que cela a
été monté en épingle par le zine HAMS. L'éditeur intello
de ce zine ne nous a jamais contacté pour en savoir
un peu plus. D'ailleurs ce n'était pas un scoop puisque
j'en avais parlé à pas mal de gens bien avant la parution
de ce zine, Laurent Pallanca pourrait en témoigner.
A ce jour, nous n'avons jamais reçu la copie de l'article
écrit par HAMS, ni même pu le visionner, alors que encore
récemment nous recevions du courrier de l'éditeur. Il
semble donc que certains préfèrent faire des zines pour
étaler leurs sciences acquises sur les bancs des facultés,
ou auprès des gourous de groupuscules sectaires. C'est
bien triste, et cela ne m'incite pas à reprendre No
Gov'.
9/
Vous avez eu des articles et chroniques dans les fameux
hors-série de Rocksound. Y a t-il eu des retombées ?
Plus généralement, votre avis sur ces hors-séries ?
Il n'y a pas eu de retombées et nous n'avons jamais
cherché à en avoir. J'aime bien ces hors-séries car
toutes les composantes du punk-rock sont représentées.
Je ne vois pas l'intérêt d'en dire du mal, car franchement
pour une fois qu'un gros média s'intéresse à notre milieu
autant en profiter. 40 francs pour une centaine de pages
couleur et un CD ce n'est pas si mal. J'ai déjà vu des
zines pourris à 20 francs et cela n'a jamais déclenché
de protestation, alors laissons les HS de Rocksound
exister, et ceux à qui ça ne plait pas, ils ne sont
pas obligés de les lire. C'est pareil pour un disque.
Par exemple Blink 182 ne m'intéresse pas, alors je n'écoute
pas leurs disques.
10/
Avez-vous noté une évolution du lectorat des zines au
fil des années ?
Pour les zines en général, je ne sais pas. Pour No Gov',
quasiment plus aucune fille sur la fin, alors que dans
les années 87-88 lorsque le rock alternatif était en
haut de l'affiche, il y avait pas mal de filles. La
parité est encore loin dans le punk-rock, et il est
bien dommage qu'il n'y ait pas plus de filles qui s'impliquent
dans ce milieu. Sinon, je pense aussi que le public
est de plus en plus critique face aux groupes qu'on
leur propose, et aussi qu'il est plus calé sur le sujet
qu'auparavant, ce qui est plutôt une bonne chose.
11/
Les dessins de Ludo en couverture étaient souvent terribles.
A-t-il d'autres activités entre zique et BD, à l'instar
de Melvin ou Chester ?
Il a joué de la basse dans le groupe Priapix, il a été
aussi prof de dessin. Aujourd'hui, il est propriétaire
d'une boutique de BD sur Paris, et on le voit parfois
dans des concerts parisiens, une bière à la main.
12/
A quoi occupez-vous votre temps depuis l'arrêt de No
Gov' ? Vous êtes-vous mis au golf ou aux jeux de société
?
Juliette occupe un emploi dans une grande enseigne de
bricolage, et quant à moi, je bosse dans une usine,
uniquement le week-end, ce qui me laisse beaucoup de
temps libre. J'occupe ce temps libre à écouter de la
zique et je parcours la ville à pieds avec mon célèbre
chien Speedy. Je prends aussi le temps d'apprécier la
vie, tout simplement. Pour le golf, je laisse ça à Fat
Mike, et pour les jeux de société à Vérole…
13/
Que signifie le mot punk pour vous ? Cette définition
a t-elle évoluée au fil des années ?
Pour moi le punk c'est une culture et un état d'esprit
critique face à la norme dans laquelle on essaye de
nous marquer depuis toujours. Au fil des années, je
le vis différemment tout naturellement car à 32 ans
je ne suis plus le même qu'à 14 ans, je ne ressens plus
les mêmes choses. Mais en gros j'écoute toujours cette
musique et je pense avoir toujours cet esprit critique
face à la soupe qu'on voudrait nous faire avaler tous
les jours.
14/
A votre avis, qu'est-ce qui manque le plus en France
dans la scène punk ?
Cette scène ne manquerait-elle pas tout simplement de
punks ?
15/
Projets ?
Je dois collaborer à un bouquin sur la scène des années
80 avec l'équipe de Worst. A part ça, continuer à répéter
avec Usual Suspects.
16/
Mot de la fin, conclusion…
Je suis content d'avoir été très actif dans cette scène,
et aujourd'hui je suis très heureux de passer à autre
chose, même si je continue à garder un œil sur tout
ça. Un dernier truc, 2 n° HS doivent encore sortir,
les gens encore abonnés n'ont donc pas de soucis à se
faire.
| Et
maintenant, que vais-je lire ? |
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