DYNAMITE N°16
Interview No Government

Après un n° d’absence, voici le retour de l’interview d’un activiste, à savoir celle d’Arnaud de NO GOVERNMENT, qui a décidé d’arrêter dernièrement, ce qui donne donc un intérêt particulier à cette interview. Quand on vous dit que ce sont toujours les meilleurs qui s’en vont ! (Bon, depuis, Arno et Juliette ont décidé de recommencer le zine !)

1/ Présentation de vos activités ?
Arno : Actuellement, nos activités sont arrêtées plus ou moins définitivement. En ce qui me concerne, il me reste le groupe Usual Suspects avec lequel j'ai repris du service après 6 mois de pause forcée. Par le passé, moi et Juliette faisions le zine No Government, et le label Adrenaline Records. Le zine a édité 45 numéros plus un hors-série, et le label a sorti 18 disques (EP, LP, 25 cm, et CD).

2/ Pourquoi avoir arrêté le zine ?
J'ai 32 ans et Juliette un peu moins, nous étions arrivés à un point où il fallait rentrer réellement dans la vie active. En clair, il fallait bosser, on a eu beau repousser les limites le plus loin possible, nous n'avions plus le choix. Disons que le fait de ne plus avoir de temps est la raison la plus importante dans ce choix, mais il n'y a pas que celle-là. En ce qui me concerne, j'en avais ras le cul de chroniquer des disques qui ne m'intéressaient pas, et j'en avais marre de passer mes concerts à me ballader avec des questions et un magnéto. J'étais arrivé à un point de saturation. J'ai fais ce truc pendant 15 ans et aujourd'hui je veux juste vivre ma passion sans aucune pression, écouter du bon punk-rock et ne plus me forcer à écouter des disques qui me font chier juste parce que je dois les chroniquer.

3/ Si il fallait tirer un bilan de vos 15 ans de fanzinat, quels sont les points positifs, les points négatifs ?
Dans les points positifs, je retiendrais surtout les personnages hors du commun que j'ai croisé à travers une bonne partie de l'Europe. J'ai rencontré des gens vraiment bien, et je retiendrais aussi quelques mémorables interviews, des rencontres inoubliables ou encore des fins de soirées chaotiques… Pour les points négatifs, disons quelques mauvais souvenirs avec quelques fafs locaux des années 80, et surtout les éternelles engueulades entre moi et Juliette qui précédaient la sortie des numéros. Mais bon, pas vraiment de points négatifs.

4/ Même bilan pour le label : De Zabriskie Point aux Bulldogs …?
Alors c'est très différent. Au départ le label était un prolongement au zine. C'était aussi l'époque un peu folle ou des mecs un peu déjantés comme Bruno (Limolife), Steph (Dialektik) et d'autres se déplaçaient à travers toute la France pour se retrouver parfois dans des concerts quasi-confidentiels. On bossait la semaine, et le week-end on allait se défoncer la tête 400 km plus loin, juste pour retrouver les potes et écouter du punk-rock. A cette époque il y avait Combat Rock, et grâce au dynamisme de Caps, on a voulu faire aussi notre label. Le seul truc, c'est que tu ne peux pas faire un label qui tourne un peu et gérer ça comme un zine. Au début, tu ne te rends pas compte, puis petit à petit, tu commences à penser de plus en plus comme un commerçant. De quelques milliers de francs pour un zine, tu passes à quelques plaques pour un label, et encore avec quelques plaques tu ne vas pas chier loin… Donc nous sommes très rapidement arrivés à un point où nous ne pouvions plus continuer comme cela. Adrénaline Records n'était plus un simple passe-temps, mais pas encore un truc pro, il fallait donc trancher. Nous avons donc préférer arrêter plutôt que d'essayer d'en vivre. Pour en revenir à la question, je regrette les nombreuses prises de tête avec certains groupes avec lesquels il y a eu de grosses engueulades. J'ai aussi pu remarquer qu'il y avait de vrais truands, et aussi pas mal de faux-culs, comme quoi dès que ça brasse un peu de pognon, les requins ne sont pas loin. Cela est valable pour certains groupes, mais aussi pour certains labels, qui, planqués derrière de beaux slogans anti-capitalistes, s'en foutent plein les poches. Les meilleures souvenirs resteront les premières productions, celles des Messies ou encore des Bulldogs étaient dans un bon esprit.

5/ Ecoutez-vous toujours autant de punk-rock depuis l'arrêt du zine ?
Personnellement, j'en écoute beaucoup plus car je retrouve du plaisir à réécouter un bon disque sans arrière-pensée. Ce n'est pas parce que j'ai décroché de mes activités que je ne suis plus un punk-rocker…

6/ La présentation du dernier No Gov' était très travaillée, l'idée d'un fanzine imprimé façon Worst vous a-t-elle effleurée ?
Non. Un pauvre truc comme No Government, c'était déjà beaucoup de travail, alors faire comme Worst, je n'ose même pas imaginer. Et puis au niveau finances, Worst, c'est sûrement très lourd à gérer, ne serait-ce que pour faire renter la thune des dépôts, et des efforts à fournir pour atteindre un seuil de rentabilité. Avec No Government, nous n'avions pas ce genre de contraintes. Qu'on en balance 200 ou 700, c'était pareil, on pouvait se permettre d'être peu regardant sur la trésorerie. Hormis l'aspect financier, nous ne voulions pas ressembler à Worst, ni à aucun autre, nous avions notre propre style et nous ne voulions pas imiter qui que ce soit.

7/ Etant donné l'impact de No Gov' dans la scène, avez-vous pensé à vivre de vos activités ?
Avec le zine sûrement pas. Avec le label il y a eu une période où je travaillais à mi-temps, et donc j'avais pensé sérieusement me faire mon autre moitié de salaire avec le label ! Et puis bon, j'ai finalement opté pour une solution plus en accord avec mes principes. Le punk-rock étant une passion, pour rester intègre et libre, il ne fallait plus mélanger les affaires et le punk-rock. Je pense avoir fait le bon choix, d'autant que je n'ai pas la solidité psychologique d'un gars comme Caps, car quand je vois les galères qu'il a connu pour arriver à en vivre, je ne pense pas que j'aurai pu le faire.

8/ Un sujet qui a étonné beaucoup, c'est cette histoire de "cet enculé du Silence de la Rue", phrase qui ne figure pas dans les exemplaires distribués par ce fameux magasin. Il y a une explication ?
Cette phrase a été écrite dans un édito de Bob Morlock. Il se trouve que cette phrase a été écrite car Bob ne trouvait pas normal de ne pas pouvoir se payer le dernier LP de Hellacopters, vendu 115 francs dans cette boutique. Lors de la sortie du zine, je n'avais pas lu l'édito de Bob, et lorsque je suis tombé dessus, je suis devenu furax car si il y avait des enculés dans cette histoire, c'était plutôt du coté des distributeurs qu'il fallait aller voir. Je connais trop les difficultés des boutiques indépendantes pour me laisser aller à ce genre d'insultes gratuites. Les tirages suivants ont donc été modifié. Je tiens à préciser que ce n'est pas la première fois qu'on imprime des trucs, et que nous les corrigeons lors des tirages suivants. Le truc, c'est que cela a été monté en épingle par le zine HAMS. L'éditeur intello de ce zine ne nous a jamais contacté pour en savoir un peu plus. D'ailleurs ce n'était pas un scoop puisque j'en avais parlé à pas mal de gens bien avant la parution de ce zine, Laurent Pallanca pourrait en témoigner. A ce jour, nous n'avons jamais reçu la copie de l'article écrit par HAMS, ni même pu le visionner, alors que encore récemment nous recevions du courrier de l'éditeur. Il semble donc que certains préfèrent faire des zines pour étaler leurs sciences acquises sur les bancs des facultés, ou auprès des gourous de groupuscules sectaires. C'est bien triste, et cela ne m'incite pas à reprendre No Gov'.

9/ Vous avez eu des articles et chroniques dans les fameux hors-série de Rocksound. Y a t-il eu des retombées ? Plus généralement, votre avis sur ces hors-séries ?
Il n'y a pas eu de retombées et nous n'avons jamais cherché à en avoir. J'aime bien ces hors-séries car toutes les composantes du punk-rock sont représentées. Je ne vois pas l'intérêt d'en dire du mal, car franchement pour une fois qu'un gros média s'intéresse à notre milieu autant en profiter. 40 francs pour une centaine de pages couleur et un CD ce n'est pas si mal. J'ai déjà vu des zines pourris à 20 francs et cela n'a jamais déclenché de protestation, alors laissons les HS de Rocksound exister, et ceux à qui ça ne plait pas, ils ne sont pas obligés de les lire. C'est pareil pour un disque. Par exemple Blink 182 ne m'intéresse pas, alors je n'écoute pas leurs disques.

10/ Avez-vous noté une évolution du lectorat des zines au fil des années ?
Pour les zines en général, je ne sais pas. Pour No Gov', quasiment plus aucune fille sur la fin, alors que dans les années 87-88 lorsque le rock alternatif était en haut de l'affiche, il y avait pas mal de filles. La parité est encore loin dans le punk-rock, et il est bien dommage qu'il n'y ait pas plus de filles qui s'impliquent dans ce milieu. Sinon, je pense aussi que le public est de plus en plus critique face aux groupes qu'on leur propose, et aussi qu'il est plus calé sur le sujet qu'auparavant, ce qui est plutôt une bonne chose.

11/ Les dessins de Ludo en couverture étaient souvent terribles. A-t-il d'autres activités entre zique et BD, à l'instar de Melvin ou Chester ?
Il a joué de la basse dans le groupe Priapix, il a été aussi prof de dessin. Aujourd'hui, il est propriétaire d'une boutique de BD sur Paris, et on le voit parfois dans des concerts parisiens, une bière à la main.

12/ A quoi occupez-vous votre temps depuis l'arrêt de No Gov' ? Vous êtes-vous mis au golf ou aux jeux de société ?
Juliette occupe un emploi dans une grande enseigne de bricolage, et quant à moi, je bosse dans une usine, uniquement le week-end, ce qui me laisse beaucoup de temps libre. J'occupe ce temps libre à écouter de la zique et je parcours la ville à pieds avec mon célèbre chien Speedy. Je prends aussi le temps d'apprécier la vie, tout simplement. Pour le golf, je laisse ça à Fat Mike, et pour les jeux de société à Vérole…

13/ Que signifie le mot punk pour vous ? Cette définition a t-elle évoluée au fil des années ?
Pour moi le punk c'est une culture et un état d'esprit critique face à la norme dans laquelle on essaye de nous marquer depuis toujours. Au fil des années, je le vis différemment tout naturellement car à 32 ans je ne suis plus le même qu'à 14 ans, je ne ressens plus les mêmes choses. Mais en gros j'écoute toujours cette musique et je pense avoir toujours cet esprit critique face à la soupe qu'on voudrait nous faire avaler tous les jours.

14/ A votre avis, qu'est-ce qui manque le plus en France dans la scène punk ?
Cette scène ne manquerait-elle pas tout simplement de punks ?

15/ Projets ?
Je dois collaborer à un bouquin sur la scène des années 80 avec l'équipe de Worst. A part ça, continuer à répéter avec Usual Suspects.

16/ Mot de la fin, conclusion…
Je suis content d'avoir été très actif dans cette scène, et aujourd'hui je suis très heureux de passer à autre chose, même si je continue à garder un œil sur tout ça. Un dernier truc, 2 n° HS doivent encore sortir, les gens encore abonnés n'ont donc pas de soucis à se faire.

Et maintenant, que vais-je lire ?
<<< Retour à l'accueil >>> / Si le menu ne figure pas sur votre gauche, passez par ici