Rad
party, le fanzine de Steph Delevaque, existe aujourd'hui
depuis 10 ans et quelques, et son label Small Budget tourne
plutôt bien aussi, avec entre autres des prods d'Eternia
Innocencia ou le CD 8 titres des protex Blue. Suffisamment
de bonnes raisons donc pour lui poser quelques questions,
auquel Steph a répondu en un temps record.
1/
Présentation de tes activités, petit historique
?
Steph : Je m'occupe du mini-zine bulletin d'info RAD
PARTY depuis 91 ainsi que de l'asso SMALL BUDGET depuis
96 avec Yves anciennement du zine MY WORLD IS… et David
du label SHARK ATTACK ( WONKEE MONKEES, JERRY SPIDER
GANG ) qui a sorti la plupart de nos disques les plus
récents en coprod avec nous et s'occupe de la
distro conjointement à nous. Nous avons sorti
dans un premier temps différentes séries
de tee-shirts, puis 4 x 45 tours (SPAZBOY / NOTHING
COOL, URBN DK / LOS SUBVERSIVOS, PROTEX BLUE "
ANP. EP " et SPIT), différents CD'S ( "
Party time against racism " split CD THE CHINKEES
/ PROTEX BLUE, ETERNA INOCENCIA " Recycle ",
" El split blue " split CD XIOLA BLUE / PROTEX
BLUE, PROTEX BLUE " Muckrackin' ", "
Pourquoi attendre la défaite pour commencer la
lutte ? " split CD BODA / ETERNA INOCENCIA et "
Rock'n'roll ain't no solution ! " split CD LES
VIPERES / HOLY CURSE ) tous en coprod, ainsi que de
nombreux recueils de textes (EN DEPIT DE TOUT et INSTANTANES
de Aaron COMETBUS, NE VOUS FAITES PAS DE SOUCIS … ,
C'EST ENCORE LOIN L'AMERIQUE ?, HEARBREAK LOOSE SUMMER
TOUR 2000, STRONG COFFEES AND CHEAP ROMANCES, BURNING
HOPES, et CONDITIONS de Nate POWELL), tout çà
en l'espace de 5 ans.
2/
La moitié des prods de SMALL BUDGET sont des
groupes étrangers, dont plusieurs argentins,
comment se sont noués ces contacts ?
Le plus simplement du monde, par l'intermédiaire
de nos zines respectifs à Yves et moi. Lorsqu'on
a créé SMALL BUDGET avec Yves, j'avais
pour projet de sortir une compil CD. J'ai contacté
de nombreux groupes mais il n'y a que NOTHING COOL,
SPAZBOY et URBN DK qui aient répondu présents
à l'appel et m'aient envoyé des titres.
De son côté Yves avait rencontré
un ami de LOS SUBVERSIVOS lors de son séjour
à Cuba. A son retour il les a contactés
et ils lui ont envoyé différents titres
pour la compil. N'ayant pas assez de morceaux pour en
faire un CD, on a tout mis sur 2 split EP. Pour ETERNA,
Yves était en contact avec leur bassiste et a
décidé de leur filer un coup de main pour
la sortie de leur album avec l'aide de Yann de SANJAM
et Federico de SNIFF Records en Argentine, puis on a
remis çà avec leur split avec BODA que
l'on a sorti en coprod avec SANJAM, LES NAINS AUSSI,
SHARK ATTACK et VIENS FAIRE UN TOUR A LAMBE. Pour les
CHINKEES, j'étais en contact avec Mike Park depuis
l'époque où il s'occupait de DILL Records
et jouait dans SKANKIN' PICKLE ( Je leur avait d'ailleurs
dessiné un motif de Tee-Shirt qui ne se vendait
pas très bien en concert et qu'ils ont refilé
à leur management qui en a tiré 500 exemplaires
et dispatché un peu partout. J'en ai eu 2. ).
Lors de mon séjour à San Francisco, je
l'avais contacté et il m'avait proposé
de venir passer quelques jours chez lui pour me présenter
son nouveau label ASIAN MAN. A cette époque,
il travaillait sur le premier album des CHINKEES. On
a écouté en boucle sa version instrumentale
en voiture, puis il m'a emmené en studio avec
lui pour enregistrer une partie des vocaux avec Nick
Traina de LINK 80, décédé une semaine
plus tard. Il m'a même proposé de pousser
quelques gueulantes avec sa copine sur les backing vocals
de certains titres. C'était sympa, j'en ai gardé
un bon souvenir et de retour en France je lui proposé
d'utiliser certains titres en vue d'un split EP avec
les PROTEX. Mike nous a laissé libre choix quant
aux titres et en fait de split EP on en a fait un split
CD. En ce qui concerne XIOLA BLUE, Tatan, leur bassiste
qui joue également dans ETERNA INOCENCIA, avait
envoyé leur premier CD autoproduit à Yves.
Cà nous avait beaucoup plu. Tatan voulant à
tout prix faire un disque avec PROTEX BLUE, on a proposé
aux 2 l'option d'un split CD en regroupant de nouveaux
titres de XIOLA fraîchement enregistrés
et 8 titres de la session du EP des PROTEX épuisé
à l'époque. Ils ont accepté sans
hésité. Pour les VIPERES, ce sont eux
qui nous ont contactés. On voulait sortir un
disque avec les HOLY CURSE mais ils n'avaient que 5
titres de dispo, du coup on a proposé aux 2 de
faire un split ensemble, et puis voilà !
3/
Question de candide : Comment fais-tu pour sortir à
40 fr des albums que d'autres sortiraient à 70
fr ou plus ? Au fait, pourquoi le 8 titres de PROTEX
BLUE est au même prix, voir plus cher, que certains
de vos albums ?
Pour répondre à la première partie
de ta question, je dirais que c'est un choix délibéré
de notre part de manière à offrir des
disques qui soient disponibles pour tous à un
prix aussi bas que possible. Ce qui nous permet de le
faire, c'est le statut de notre label. Nous sommes en
association de type loi 1901 à but non lucratif
au sein de laquelle personne n'est rémunéré.
Nous faisons tous çà à titre bénévole
par amour de la musique, convictions personnelles, et
pour aider des groupes que nous apprécions tant
personnellement que musicalement à sortir leurs
propres disques. Ce qui nous a permis de sortir des
disques à prix aussi bas, c'est également
parce que ces disques ont été enregistrés
avec les moyens du bord, sans frais de studio et de
mastering pour la plupart, en bénéficiant
de bonnes âmes bienveillantes qui ont laissé
les groupes enregistrer sans les faire payer. Le prix
moyen de revient d'un CD étant entre 10 et 20
fr suivant la quantité pressée, je ne
vois pas pourquoi on devrait le vendre à un prix
exorbitant de 140 balles… Il n'y a qu'en France où
on pratique ce genre de démesure. Faire des disques
à ce prix là ( 40 fr pas 140 fr ) est
aussi un bon moyen d'offrir un objet fini que les gens
préfèreront s'acheter plutôt que
de le graver. Le 8 titres des PROTEX est au même
prix voir plus cher que certaines de nos prods pour
différentes raisons. La première et la
plus importante est que le groupe a eu de nombreux frais
de studio (enregistrement, mix et mastering ), pour
leur permettre de rentrer dans leurs frais nous en avons
payé une partie mais il a aussi fallu que le
groupe et SAUF IMPREVU, qui a payé la moitié
du pressage, puissent se faire une marge un peu plus
grande pour ne pas perdre trop d'argent. Sachant que
ce risquait d'être leur dernier enregistrement
le groupe a tenu à le peaufiner le plus possible
pour avoir le son dont ils rêvaient depuis leurs
débuts. Le prix a donc été fixé
à la demande du groupe pour qu'ils ne soient
pas trop laisés financièrement parlant.
4/
Dans tes productions, ni dans ta liste de distribution
ne figurent de LP. Est-ce un choix délibéré
? Qu'as-tu à dire pour ta défense auprès
des puristes du vinyl ?
Il nous arrive d'avoir du vinyl en format LP mais nous
le mettons en dépôt boutique plutôt
que sur la liste distro pour la simple et bonne raison
que depuis les attentats de l'été 96 tu
es obligé de passer aux guichet de la poste pour
envoyer des colis format LP, et avec mes horaires de
boulot je n'ai pas la possibilité de passer régulièrement
au guichet de la poste pour envoyer des paquets. Je
dois aussi avouer que çà m'emmerde foncièrement
de faire 1 heure de queue le soir après le boulot
pour envoyer 1 ou 2 paquets, je préfère
les mettre directement dans la boite au tarif lettre
sans avoir le droit au moindre reproche dû à
la taille de mes paquets. Cà peut paraître
antagoniste dans la mesure où je n'achète
pratiquement que du vinyl moi-même, ne prenant
du CD qu'en occas, mais il se trouve qu'à l'heure
actuelle il est beaucoup plus facile d'écouler
du CD que du vinyl et que çà revient aussi
beaucoup moins cher en termes de coûts de fabrication,
marge de vente, échanges et frais de port. Sans
le format CD nous n'aurions jamais pu sortir autant
de disques que nous l'avons fait et à un pris
aussi bas. Pour exemple le 45 tours des PROTEX nous
est revenu à 13 fr pièce, autant que pour
leur split CD avec les CHINKEES… Pour notre défense
je dirai juste que notre prochaine prod sera un 10''
vinyl des NEUROTIC SWINGERS.
5/
Ton fanzine RAD PARTY est écrit d'une façon
assez personnelle. Comment se passe l'écriture
? S'agit-il de textes écrits spécialement
pour le zine ou de textes écrits pour ton plaisir,
dont tu reprends certains pour le zine ? ( 'tain la
question alambiquée ! )
Je dirais simplement qu'il s'agit tout de textes écrits
pour mon plaisir, spécialement pour le zine.
Je n'écrit que pour mon zine, avec quelques incartades
de temps à autre si on me le demande, mais n'ayant
que très peu de temps libre entre mon boulot,
mes études ( que j'essaye de poursuivre ), le
label, le zine et ma vie personnelle, j'évite
de trop me disperser. Mes textes sont généralement
des retranscriptions de mes petites aliénations
et angoisses quotidiennes. J'écrit principalement
dans les transports en commun ou à chaud sur
des coins de table. Je n'ai pas de règles particulières.
Je prends des notes en permanence, et dès que
je me sens frustré par certains évènements,
j'essaye d'exorciser çà par écrit
en relativisant un minimum les choses pour que les personnes
qui le lisent puissent s'y retrouver un tant soit peu.
Je n'ai aucune prétentions littéraires,
je suis juste un dessinateur pas très doué
pour mettre en scène des histoires sous forme
de bandes dessinées qui compense comme il peut
par l'écriture.
6/
Les versions françaises des nouvelles de COMETBUS
sont éditées par SMALL BUDGET. Comment
est venue cette collaboration ?
Cà fait près de 10 ans que je lis régulièrement
COMETBUS. Il s'est juste trouvé que j'ai envoyé
certains de mes dessins à Aaron inspirés
par des textes qu'il avait écrit pour son groupe
PINHEAD GUN POWDER il y a 7/8 ans. Il les avait bien
aimés et on a commencé à correspondre
régulièrement en échangeant nos
zines à la sortie de chaque nouveau numéro.
En 96, il a sorti un numéro de COMETBUS racontant
son périple en Europe un an auparavant. Emballé
par sa lecture, je lui ai proposé d'en faire
une version européenne format RAD PARTY, mais
Aaron a refusé de peur que cette version n'atterrisse
en import à un prix exorbitant sur le marché
américain. A la place, il m'a proposé
de sortir un recueil de 30 histoires traduites en français
et retranscrites à la main avec mon écriture.
J'ai accepté sans hésité, et 2
copains se sont chargé de toutes les traductions.
Cà nous a pris un an de boulot et on s'était
juré de ne jamais remettre çà,
mais lorsque Aaron nous a proposé de sortir un
nouveau recueil de 7 histoires il y a 2 ans on s'est
empressé de remettre le couvert !
7/
Suite à la lecture de ton compte-rendu de voyage
à San Francisco, j'aimerais bien que tu m'éclaires
sur ce qu'est Punks With Presses et Gilman Street en
2001…
En 2001, je ne saurais te dire, car j'ai un peu perdu
le contact avec les gens que j'avais rencontrés
sur place. D'un point de vue historique, Punks with
presses est une imprimerie fondée à Oakland
au début des années 90 qui a réalisé
de nombreuses pochettes de disques, livrets, stickers
et affiches promos pour des labels du coin comme LOOK
OUT !. La plupart des gens qui y travaillent et y vivent
sont issus de la scène punk locale. En 97/98,
l'imprimerie a rencontré de nombreux problèmes
assez sordides dus à des dénonciations
d'ordre tout à fait personnelles, ce qui les
a amenés à changer de nom. Gilman street
est une salle de concert autogérée située
à Berkeley et créée en 86/87 sur
l'initiative de divers activistes locaux avec l'aide
financière de Tim Yohannan de Maximum rock'n'roll.
Elle a permis à de nombreux groupes locaux de
faire leurs premières armes tout en étant
membres actif ( les plus célèbres restant
OPERATION IVY, CRIMPSHRINE, GREEN DAY et RANCID ). Malgré
des règles très strictes pour permettre
au lieu de perdurer ( pas de drogues ou alcools, propos
sexistes, racistes ou homophobes sur les lieux du concert
sous peine d'exclusion d'un an, pour en laisser le libre
accès aux plus jeunes en vertu des règles
draconiennes du système américain ), ils
ont rencontré de nombreux problèmes de
voisinages ces dernières années remettant
constamment en question leur existence.
8/
Quelles sont les différences entre la scène
punk européennes et la scène punk américaine
?
Elles sont si nombreuses et si spécifiques à
chaque individu, qu'il me serait impossible d'en faire
une généralité sans commettre de
nombreux impairs. D'un point de vue totalement personnel,
et en m'appuyant juste sur mon expérience au
sein de la scène punk française, je l'ai
ressentie comme un rapport très différent
à l'argent qui s'explique par des structures
sociales et un mode de vie qui n'ont rien de comparables.
Aux Etats-Unis vu qu'il n'existe pas de structures sociales
comme ici ( R.M.I., sécurité sociale,
chômage, statuts d'intermittent du spectacle ),
ce qui fait que la plupart des gens qui se lancent dans
une activité liée au punk rock le font
dans le but d'en tirer un minimum de profit pour subvenir
à leurs besoins les plus rudimentaires comme
se nourrir et avoir un toit où dormir. En France
il y a un côté plus idéaliste qui
fonctionne à merveille tant que les gens sont
dans leur phase estudiantine bien au chaud chez leurs
parents, ou avec leur studio payé par ces derniers
le temps de leurs études, mais qui part en déconfiture
dès qu'ils se retrouvent confrontés au
monde du travail et à des contraintes quotidiennes
élémentaires. Il y a aussi un énorme
problème de culture musicale ( et culture générale
tout court ) qui fait qu'il est quasiment impossible
de gérer un business lié au punk rock
en France sans vivre comme un crevard à la limite
du seuil de pauvreté ou en le faisant à
titre bénévole après ses heures
de travail. Au niveau de l'industrie du disque, comme
en politique d'ailleurs, nous vivons dans un pays ultra
réactionnaire où tout est figé
depuis des décennies, et où il est très
difficile de sortir des sentiers battus. S'il doit y
avoir une révolution un jour, elle devra d'abord
passer par une révolution culturelle.
9/
Les Etats-Unis sont-ils un pays où tu aimerais
t'installer ?
Pas les Etats-Unis à proprement parler car çà
reste un pays qui me fait très peur par ses excès
en tous genres, comme de pouvoir aussi bien te faire
butter à un coin de rue pour une connerie, te
retrouver en taule pour une amende impayée, risquer
la peine de mort pour une erreur judiciaire, avoir à
supporter un système policier qui n'a rien à
envier dans certains états au régime des
juntes d'Amérique du sud ( pour la plupart mis
en place par les Etats-Unis ) ou un personnage aussi
effrayant que Georges W. Bush en tant que président
( The nightmare continues… ). Par contre, j'aime beaucoup
certaines villes où j'ai séjourné
comme Berkeley, Boston ou New York, ainsi que la plupart
des gens que j'y ai rencontré et je pourrais
sans problème m'y installer pour un long moment
mais certainement pas définitivement. A chaque
fois j'ai été très content de revenir
en France, retrouver mes amis et une culture que j'aime
beaucoup aussi. J'ai des origines assez humbles et disparates
qui font que je me considère avant tout comme
un enfant du monde, sans nation, ni patrie.
10/
Quelle est ta définition du punk ? Cette définition
a-t-elle beaucoup évoluée au fil des années
? Quels changements as-tu pu noter pendant ces 10 années
?
Etre soi-même sans se soucier du regard des autres.
Je pense que c'est à chacun d'y apporter sa propre
définition. J'ai tendance à me placer
en contradiction par rapport à tout. Je n'ai
jamais eu le look volontairement, j'ai toujours trouvé
çà sans intérêt. On me traite
souvent de hippie ou de clochard à cause de mes
cheveux trop longs ou de mes vieilles fringues que je
traîne depuis des lustres, mais çà
me va très bien dans la mesure où çà
a l'air d'emmerder le monde. Quand j'ai découvert
le punk rock, je n'en avais qu'une image hyper négative
liée à ce que les médias voulaient
bien en donner ( violence, drogue et alcool ) et çà
me faisait plutôt peur. J'en aimais le discours
politique mais pas le look, que je trouvais aussi stupide
et conformiste que de porter un costard - cravate, et
ses excès mis constamment en avant. C'est en
lisant des articles sur CRASS et en découvrant
la scène hard core que j'y ai trouvé ce
que je cherchais réellement, une certaine liberté
de pensée et une volonté de changer les
choses à une échelle humaine et personnelle
beaucoup plus concrète que des slogans bassement
utopique, ou cette image tout aussi factice et superficielle
que les dinosaures du rock des années 70 que
m'avaient donné les médias du punk rock
au travers des PISTOLS, EXPLOITED et même des
CLASH.
11/
Comment as-tu découvert le punk rock ?
La première fois que j'ai vu le mot punk c'était
en 78 sur le 45 tours de KISS " I was made for
loving you " qualifié de " Disco-punk
", j'avais 10 ans. Je me suis demandé ce
que c'était que cette connerie. J'ai réellement
découvert le punk rock, 3 ans plus tard avec
le maxi des DEAD KENNEDYS " In God we trust ".
A cette époque là j'écoutais beaucoup
de hard rock ( AC/DC, TRUST, VAN HALEN, ROSE TATTOO,
MOTORHEAD, GIRLSCHOOL … ), et pendant l'été
un copain m'avait dit " tu devrais écouter
du punk rock ! " et m'avait bassiné avec
les DEAD KENNEDYS et les SEX PISTOLS. De retour à
Paris, je m'étais payé le maxi des DEAD
KENNEDYS, le seul disque punk que je pouvais m'offrir
avec mes maigres économie vu le prix des albums
punks à l'époque, pour la plupart uniquement
disponibles en import. Lorsque je l'ai écouté
je n'ai pas su qu'en penser, çà jouait
tellement vite que je ne savais pas si le disque tournait
à la bonne vitesse et la voix de Jello Biaffra
me choquait un peu. Par contre j'ai adoré leurs
textes, même si je n'en comprenais pas toute la
portée. J'ai ensuite écouté pas
mal de groupe anglais et français sans réellement
y trouver mon compte, les trouvant un peu trop mou.
C'est avec le " Hear nothing, see nothing, say
nothing " de DISCHARGE que j'ai finalement trouvé
ce que je cherchais dans le punk rock : une agression
auditive sans faille et un discours politique sans aucune
équivoque ( sans oublier le " It's alive
" des RAMONES bien sûr dans un registre plus
rock ). A partir de ce jour il n'y a plus eu que la
scène hard core qui m'a intéressé,
car je détestais l'affiliation de la scène
punk française de ces années avec le mouvement
skinhead, en ayant un peu trop fait les frais à
plusieurs reprises au cours de mes séjours en
Angleterre. C'était une époque très
violente ( que je suis content d'avoir vu disparaître,
et que je ne regrette pas le moins du monde ) où
tu te faisais latter la gueule, vitrioler ou dépouiller
pour une histoire de look ou de blouson. Il y a des
noms et des visages que l'on oublie pas, même
s'ils se sont donnés un aspect plus sociable
avec le temps. J'ai ensuite découvert la scène
punk hard core américaine avec différentes
compil ( " Underground hits " avec les ANGRY
SAMOANS, BAD BRAINS, BLACK FLAG et SACCHARINE THRUST,
et surtout " God Bless America " avec CIRCLE
JERKS, AGENT ORANGE, RED CROSS, THE CROWD, SHATTERED
FAITH … ), MAXIMUM ROCKNROLL, MUSIC CALIFORNIA sur la
2 ( La seule fois où on a pu voir BLACK FLAG,
HÜSKER DÜ, MINUTEMEN, X, et D.I sur une chaine
française ! ), HEIMAT LOS, et là je n'en
ai plus jamais décroché. J'aimais à
la fois leur musique plus fraîche et plus rapide,
ainsi que leur absence de look.
12/
A ton avis qu'est-ce qui manque le plus en France dans
la scène punk ?
Des structures plus souples qui permettraient à
de jeunes labels de se développer de manière
professionnelle sans être assujettis à
autant de taxes dès le départ, des mesures
moins draconiennes sur l'organisation de concerts qui
permettraient aux groupes de continuer de tourner et
jouer dans des bars. Une meilleure répartition
des subventions permettant à des groupes français
de tourner à l'étranger au lieu d'y envoyer
systématiquement des troupes de théâtre,
ou d'aider des films d'art et d'essai pour gamins friqués
dont personne n'a que foutre en dehors de nos frontières.
13/
Ecoutes-tu autre chose que du punk ( au sens large )
? Penses-tu encore écouter du punk à 40
ans ?
Contrairement à pas mal de gens que j'ai côtoyés
dans ma vie, c'est le genre de question que je ne me
suis jamais posé, et je m'en contrefous au plus
haut point. Je pense sincèrement que je continuerai
à écouter du punk à 40 ans dans
la mesure où j'en écoute depuis près
de 20 ans en y prenant toujours autant de plaisir. Je
ne vois pas pourquoi il faudrait arrêter d'écouter
tel ou tel style de musique une fois arrivé à
l'âge adulte. C'est aussi stupide que de se sentir
obligé de se marier et d'avoir des enfants à
un âge défini. Pour moi, la musique est
quelque chose de strictement personnel au même
titre que la peinture ou ses sensibilités amoureuses,
et mes goûts en la matière ne regardent
que moi. On ne vit qu'une vie, autant la mener comme
bon nous semble sans heurter personne, et sans se soucier
du regard des autres. Le punk rock n'est pas ma vie,
mais fait partie de choses parmi tant d'autres que j'apprécie.
Il m'arrive d'écouter d'autres choses que du
punk rock comme de la pop anglaise, de la soul music,
tout dépend de l'inspiration du moment et de
mes humeurs. Mais de manière générale,
j'ai besoin d'une musique dont je me sente proche tant
au niveau du son que des thèmes abordés,
c'est pourquoi je suis totalement réfractaire
à tous ces ersatz de variété que
l'on essaye de nous faire passer pour autre chose.
14/
Projets ?
La sortie du premier album de EIS de Saint-Etienne en
coprod SMALL BUDGET / SHARK ATTACK / SAUF IMPREVU, puis
un 10'' EP des NEUROTIC SWINGERS de Marseille, que j'adore,
à sortir en février / mars prochain. Je
voudrais sortir assez rapidement le numéro 28
de RAD PARTY fêtant avec un peu de retard les
10 ans du zine, mais je rame un peu pour l'écrire,
trop de choses à raconter…
15/
Mot de la fin, anecdotes, message au monde entier ?
Juste un grand merci pour ton interview très
sympa. Je pense m'être suffisamment étalé
sur les différents thèmes que tu as abordés
pour ne pas avoir besoin d'en rajouter davantage. N'hésitez
pas à nous contacter pour avoir plus d'info sur
l'asso et recevoir notre liste de distro, ou tout simplement
consulter directement notre site.
| Et
maintenant, que vais-je lire ? |
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