DYNAMITE N°17
Interview Rad Party / Small Budget

Rad party, le fanzine de Steph Delevaque, existe aujourd'hui depuis 10 ans et quelques, et son label Small Budget tourne plutôt bien aussi, avec entre autres des prods d'Eternia Innocencia ou le CD 8 titres des protex Blue. Suffisamment de bonnes raisons donc pour lui poser quelques questions, auquel Steph a répondu en un temps record.

1/ Présentation de tes activités, petit historique ?
Steph : Je m'occupe du mini-zine bulletin d'info RAD PARTY depuis 91 ainsi que de l'asso SMALL BUDGET depuis 96 avec Yves anciennement du zine MY WORLD IS… et David du label SHARK ATTACK ( WONKEE MONKEES, JERRY SPIDER GANG ) qui a sorti la plupart de nos disques les plus récents en coprod avec nous et s'occupe de la distro conjointement à nous. Nous avons sorti dans un premier temps différentes séries de tee-shirts, puis 4 x 45 tours (SPAZBOY / NOTHING COOL, URBN DK / LOS SUBVERSIVOS, PROTEX BLUE " ANP. EP " et SPIT), différents CD'S ( " Party time against racism " split CD THE CHINKEES / PROTEX BLUE, ETERNA INOCENCIA " Recycle ", " El split blue " split CD XIOLA BLUE / PROTEX BLUE, PROTEX BLUE " Muckrackin' ", " Pourquoi attendre la défaite pour commencer la lutte ? " split CD BODA / ETERNA INOCENCIA et " Rock'n'roll ain't no solution ! " split CD LES VIPERES / HOLY CURSE ) tous en coprod, ainsi que de nombreux recueils de textes (EN DEPIT DE TOUT et INSTANTANES de Aaron COMETBUS, NE VOUS FAITES PAS DE SOUCIS … , C'EST ENCORE LOIN L'AMERIQUE ?, HEARBREAK LOOSE SUMMER TOUR 2000, STRONG COFFEES AND CHEAP ROMANCES, BURNING HOPES, et CONDITIONS de Nate POWELL), tout çà en l'espace de 5 ans.

2/ La moitié des prods de SMALL BUDGET sont des groupes étrangers, dont plusieurs argentins, comment se sont noués ces contacts ?
Le plus simplement du monde, par l'intermédiaire de nos zines respectifs à Yves et moi. Lorsqu'on a créé SMALL BUDGET avec Yves, j'avais pour projet de sortir une compil CD. J'ai contacté de nombreux groupes mais il n'y a que NOTHING COOL, SPAZBOY et URBN DK qui aient répondu présents à l'appel et m'aient envoyé des titres. De son côté Yves avait rencontré un ami de LOS SUBVERSIVOS lors de son séjour à Cuba. A son retour il les a contactés et ils lui ont envoyé différents titres pour la compil. N'ayant pas assez de morceaux pour en faire un CD, on a tout mis sur 2 split EP. Pour ETERNA, Yves était en contact avec leur bassiste et a décidé de leur filer un coup de main pour la sortie de leur album avec l'aide de Yann de SANJAM et Federico de SNIFF Records en Argentine, puis on a remis çà avec leur split avec BODA que l'on a sorti en coprod avec SANJAM, LES NAINS AUSSI, SHARK ATTACK et VIENS FAIRE UN TOUR A LAMBE. Pour les CHINKEES, j'étais en contact avec Mike Park depuis l'époque où il s'occupait de DILL Records et jouait dans SKANKIN' PICKLE ( Je leur avait d'ailleurs dessiné un motif de Tee-Shirt qui ne se vendait pas très bien en concert et qu'ils ont refilé à leur management qui en a tiré 500 exemplaires et dispatché un peu partout. J'en ai eu 2. ). Lors de mon séjour à San Francisco, je l'avais contacté et il m'avait proposé de venir passer quelques jours chez lui pour me présenter son nouveau label ASIAN MAN. A cette époque, il travaillait sur le premier album des CHINKEES. On a écouté en boucle sa version instrumentale en voiture, puis il m'a emmené en studio avec lui pour enregistrer une partie des vocaux avec Nick Traina de LINK 80, décédé une semaine plus tard. Il m'a même proposé de pousser quelques gueulantes avec sa copine sur les backing vocals de certains titres. C'était sympa, j'en ai gardé un bon souvenir et de retour en France je lui proposé d'utiliser certains titres en vue d'un split EP avec les PROTEX. Mike nous a laissé libre choix quant aux titres et en fait de split EP on en a fait un split CD. En ce qui concerne XIOLA BLUE, Tatan, leur bassiste qui joue également dans ETERNA INOCENCIA, avait envoyé leur premier CD autoproduit à Yves. Cà nous avait beaucoup plu. Tatan voulant à tout prix faire un disque avec PROTEX BLUE, on a proposé aux 2 l'option d'un split CD en regroupant de nouveaux titres de XIOLA fraîchement enregistrés et 8 titres de la session du EP des PROTEX épuisé à l'époque. Ils ont accepté sans hésité. Pour les VIPERES, ce sont eux qui nous ont contactés. On voulait sortir un disque avec les HOLY CURSE mais ils n'avaient que 5 titres de dispo, du coup on a proposé aux 2 de faire un split ensemble, et puis voilà !

3/ Question de candide : Comment fais-tu pour sortir à 40 fr des albums que d'autres sortiraient à 70 fr ou plus ? Au fait, pourquoi le 8 titres de PROTEX BLUE est au même prix, voir plus cher, que certains de vos albums ?
Pour répondre à la première partie de ta question, je dirais que c'est un choix délibéré de notre part de manière à offrir des disques qui soient disponibles pour tous à un prix aussi bas que possible. Ce qui nous permet de le faire, c'est le statut de notre label. Nous sommes en association de type loi 1901 à but non lucratif au sein de laquelle personne n'est rémunéré. Nous faisons tous çà à titre bénévole par amour de la musique, convictions personnelles, et pour aider des groupes que nous apprécions tant personnellement que musicalement à sortir leurs propres disques. Ce qui nous a permis de sortir des disques à prix aussi bas, c'est également parce que ces disques ont été enregistrés avec les moyens du bord, sans frais de studio et de mastering pour la plupart, en bénéficiant de bonnes âmes bienveillantes qui ont laissé les groupes enregistrer sans les faire payer. Le prix moyen de revient d'un CD étant entre 10 et 20 fr suivant la quantité pressée, je ne vois pas pourquoi on devrait le vendre à un prix exorbitant de 140 balles… Il n'y a qu'en France où on pratique ce genre de démesure. Faire des disques à ce prix là ( 40 fr pas 140 fr ) est aussi un bon moyen d'offrir un objet fini que les gens préfèreront s'acheter plutôt que de le graver. Le 8 titres des PROTEX est au même prix voir plus cher que certaines de nos prods pour différentes raisons. La première et la plus importante est que le groupe a eu de nombreux frais de studio (enregistrement, mix et mastering ), pour leur permettre de rentrer dans leurs frais nous en avons payé une partie mais il a aussi fallu que le groupe et SAUF IMPREVU, qui a payé la moitié du pressage, puissent se faire une marge un peu plus grande pour ne pas perdre trop d'argent. Sachant que ce risquait d'être leur dernier enregistrement le groupe a tenu à le peaufiner le plus possible pour avoir le son dont ils rêvaient depuis leurs débuts. Le prix a donc été fixé à la demande du groupe pour qu'ils ne soient pas trop laisés financièrement parlant.

4/ Dans tes productions, ni dans ta liste de distribution ne figurent de LP. Est-ce un choix délibéré ? Qu'as-tu à dire pour ta défense auprès des puristes du vinyl ?
Il nous arrive d'avoir du vinyl en format LP mais nous le mettons en dépôt boutique plutôt que sur la liste distro pour la simple et bonne raison que depuis les attentats de l'été 96 tu es obligé de passer aux guichet de la poste pour envoyer des colis format LP, et avec mes horaires de boulot je n'ai pas la possibilité de passer régulièrement au guichet de la poste pour envoyer des paquets. Je dois aussi avouer que çà m'emmerde foncièrement de faire 1 heure de queue le soir après le boulot pour envoyer 1 ou 2 paquets, je préfère les mettre directement dans la boite au tarif lettre sans avoir le droit au moindre reproche dû à la taille de mes paquets. Cà peut paraître antagoniste dans la mesure où je n'achète pratiquement que du vinyl moi-même, ne prenant du CD qu'en occas, mais il se trouve qu'à l'heure actuelle il est beaucoup plus facile d'écouler du CD que du vinyl et que çà revient aussi beaucoup moins cher en termes de coûts de fabrication, marge de vente, échanges et frais de port. Sans le format CD nous n'aurions jamais pu sortir autant de disques que nous l'avons fait et à un pris aussi bas. Pour exemple le 45 tours des PROTEX nous est revenu à 13 fr pièce, autant que pour leur split CD avec les CHINKEES… Pour notre défense je dirai juste que notre prochaine prod sera un 10'' vinyl des NEUROTIC SWINGERS.

5/ Ton fanzine RAD PARTY est écrit d'une façon assez personnelle. Comment se passe l'écriture ? S'agit-il de textes écrits spécialement pour le zine ou de textes écrits pour ton plaisir, dont tu reprends certains pour le zine ? ( 'tain la question alambiquée ! )
Je dirais simplement qu'il s'agit tout de textes écrits pour mon plaisir, spécialement pour le zine. Je n'écrit que pour mon zine, avec quelques incartades de temps à autre si on me le demande, mais n'ayant que très peu de temps libre entre mon boulot, mes études ( que j'essaye de poursuivre ), le label, le zine et ma vie personnelle, j'évite de trop me disperser. Mes textes sont généralement des retranscriptions de mes petites aliénations et angoisses quotidiennes. J'écrit principalement dans les transports en commun ou à chaud sur des coins de table. Je n'ai pas de règles particulières. Je prends des notes en permanence, et dès que je me sens frustré par certains évènements, j'essaye d'exorciser çà par écrit en relativisant un minimum les choses pour que les personnes qui le lisent puissent s'y retrouver un tant soit peu. Je n'ai aucune prétentions littéraires, je suis juste un dessinateur pas très doué pour mettre en scène des histoires sous forme de bandes dessinées qui compense comme il peut par l'écriture.

6/ Les versions françaises des nouvelles de COMETBUS sont éditées par SMALL BUDGET. Comment est venue cette collaboration ?
Cà fait près de 10 ans que je lis régulièrement COMETBUS. Il s'est juste trouvé que j'ai envoyé certains de mes dessins à Aaron inspirés par des textes qu'il avait écrit pour son groupe PINHEAD GUN POWDER il y a 7/8 ans. Il les avait bien aimés et on a commencé à correspondre régulièrement en échangeant nos zines à la sortie de chaque nouveau numéro. En 96, il a sorti un numéro de COMETBUS racontant son périple en Europe un an auparavant. Emballé par sa lecture, je lui ai proposé d'en faire une version européenne format RAD PARTY, mais Aaron a refusé de peur que cette version n'atterrisse en import à un prix exorbitant sur le marché américain. A la place, il m'a proposé de sortir un recueil de 30 histoires traduites en français et retranscrites à la main avec mon écriture. J'ai accepté sans hésité, et 2 copains se sont chargé de toutes les traductions. Cà nous a pris un an de boulot et on s'était juré de ne jamais remettre çà, mais lorsque Aaron nous a proposé de sortir un nouveau recueil de 7 histoires il y a 2 ans on s'est empressé de remettre le couvert !

7/ Suite à la lecture de ton compte-rendu de voyage à San Francisco, j'aimerais bien que tu m'éclaires sur ce qu'est Punks With Presses et Gilman Street en 2001…
En 2001, je ne saurais te dire, car j'ai un peu perdu le contact avec les gens que j'avais rencontrés sur place. D'un point de vue historique, Punks with presses est une imprimerie fondée à Oakland au début des années 90 qui a réalisé de nombreuses pochettes de disques, livrets, stickers et affiches promos pour des labels du coin comme LOOK OUT !. La plupart des gens qui y travaillent et y vivent sont issus de la scène punk locale. En 97/98, l'imprimerie a rencontré de nombreux problèmes assez sordides dus à des dénonciations d'ordre tout à fait personnelles, ce qui les a amenés à changer de nom. Gilman street est une salle de concert autogérée située à Berkeley et créée en 86/87 sur l'initiative de divers activistes locaux avec l'aide financière de Tim Yohannan de Maximum rock'n'roll. Elle a permis à de nombreux groupes locaux de faire leurs premières armes tout en étant membres actif ( les plus célèbres restant OPERATION IVY, CRIMPSHRINE, GREEN DAY et RANCID ). Malgré des règles très strictes pour permettre au lieu de perdurer ( pas de drogues ou alcools, propos sexistes, racistes ou homophobes sur les lieux du concert sous peine d'exclusion d'un an, pour en laisser le libre accès aux plus jeunes en vertu des règles draconiennes du système américain ), ils ont rencontré de nombreux problèmes de voisinages ces dernières années remettant constamment en question leur existence.

8/ Quelles sont les différences entre la scène punk européennes et la scène punk américaine ?
Elles sont si nombreuses et si spécifiques à chaque individu, qu'il me serait impossible d'en faire une généralité sans commettre de nombreux impairs. D'un point de vue totalement personnel, et en m'appuyant juste sur mon expérience au sein de la scène punk française, je l'ai ressentie comme un rapport très différent à l'argent qui s'explique par des structures sociales et un mode de vie qui n'ont rien de comparables. Aux Etats-Unis vu qu'il n'existe pas de structures sociales comme ici ( R.M.I., sécurité sociale, chômage, statuts d'intermittent du spectacle ), ce qui fait que la plupart des gens qui se lancent dans une activité liée au punk rock le font dans le but d'en tirer un minimum de profit pour subvenir à leurs besoins les plus rudimentaires comme se nourrir et avoir un toit où dormir. En France il y a un côté plus idéaliste qui fonctionne à merveille tant que les gens sont dans leur phase estudiantine bien au chaud chez leurs parents, ou avec leur studio payé par ces derniers le temps de leurs études, mais qui part en déconfiture dès qu'ils se retrouvent confrontés au monde du travail et à des contraintes quotidiennes élémentaires. Il y a aussi un énorme problème de culture musicale ( et culture générale tout court ) qui fait qu'il est quasiment impossible de gérer un business lié au punk rock en France sans vivre comme un crevard à la limite du seuil de pauvreté ou en le faisant à titre bénévole après ses heures de travail. Au niveau de l'industrie du disque, comme en politique d'ailleurs, nous vivons dans un pays ultra réactionnaire où tout est figé depuis des décennies, et où il est très difficile de sortir des sentiers battus. S'il doit y avoir une révolution un jour, elle devra d'abord passer par une révolution culturelle.

9/ Les Etats-Unis sont-ils un pays où tu aimerais t'installer ?
Pas les Etats-Unis à proprement parler car çà reste un pays qui me fait très peur par ses excès en tous genres, comme de pouvoir aussi bien te faire butter à un coin de rue pour une connerie, te retrouver en taule pour une amende impayée, risquer la peine de mort pour une erreur judiciaire, avoir à supporter un système policier qui n'a rien à envier dans certains états au régime des juntes d'Amérique du sud ( pour la plupart mis en place par les Etats-Unis ) ou un personnage aussi effrayant que Georges W. Bush en tant que président ( The nightmare continues… ). Par contre, j'aime beaucoup certaines villes où j'ai séjourné comme Berkeley, Boston ou New York, ainsi que la plupart des gens que j'y ai rencontré et je pourrais sans problème m'y installer pour un long moment mais certainement pas définitivement. A chaque fois j'ai été très content de revenir en France, retrouver mes amis et une culture que j'aime beaucoup aussi. J'ai des origines assez humbles et disparates qui font que je me considère avant tout comme un enfant du monde, sans nation, ni patrie.

10/ Quelle est ta définition du punk ? Cette définition a-t-elle beaucoup évoluée au fil des années ? Quels changements as-tu pu noter pendant ces 10 années ?
Etre soi-même sans se soucier du regard des autres. Je pense que c'est à chacun d'y apporter sa propre définition. J'ai tendance à me placer en contradiction par rapport à tout. Je n'ai jamais eu le look volontairement, j'ai toujours trouvé çà sans intérêt. On me traite souvent de hippie ou de clochard à cause de mes cheveux trop longs ou de mes vieilles fringues que je traîne depuis des lustres, mais çà me va très bien dans la mesure où çà a l'air d'emmerder le monde. Quand j'ai découvert le punk rock, je n'en avais qu'une image hyper négative liée à ce que les médias voulaient bien en donner ( violence, drogue et alcool ) et çà me faisait plutôt peur. J'en aimais le discours politique mais pas le look, que je trouvais aussi stupide et conformiste que de porter un costard - cravate, et ses excès mis constamment en avant. C'est en lisant des articles sur CRASS et en découvrant la scène hard core que j'y ai trouvé ce que je cherchais réellement, une certaine liberté de pensée et une volonté de changer les choses à une échelle humaine et personnelle beaucoup plus concrète que des slogans bassement utopique, ou cette image tout aussi factice et superficielle que les dinosaures du rock des années 70 que m'avaient donné les médias du punk rock au travers des PISTOLS, EXPLOITED et même des CLASH.

11/ Comment as-tu découvert le punk rock ?
La première fois que j'ai vu le mot punk c'était en 78 sur le 45 tours de KISS " I was made for loving you " qualifié de " Disco-punk ", j'avais 10 ans. Je me suis demandé ce que c'était que cette connerie. J'ai réellement découvert le punk rock, 3 ans plus tard avec le maxi des DEAD KENNEDYS " In God we trust ". A cette époque là j'écoutais beaucoup de hard rock ( AC/DC, TRUST, VAN HALEN, ROSE TATTOO, MOTORHEAD, GIRLSCHOOL … ), et pendant l'été un copain m'avait dit " tu devrais écouter du punk rock ! " et m'avait bassiné avec les DEAD KENNEDYS et les SEX PISTOLS. De retour à Paris, je m'étais payé le maxi des DEAD KENNEDYS, le seul disque punk que je pouvais m'offrir avec mes maigres économie vu le prix des albums punks à l'époque, pour la plupart uniquement disponibles en import. Lorsque je l'ai écouté je n'ai pas su qu'en penser, çà jouait tellement vite que je ne savais pas si le disque tournait à la bonne vitesse et la voix de Jello Biaffra me choquait un peu. Par contre j'ai adoré leurs textes, même si je n'en comprenais pas toute la portée. J'ai ensuite écouté pas mal de groupe anglais et français sans réellement y trouver mon compte, les trouvant un peu trop mou. C'est avec le " Hear nothing, see nothing, say nothing " de DISCHARGE que j'ai finalement trouvé ce que je cherchais dans le punk rock : une agression auditive sans faille et un discours politique sans aucune équivoque ( sans oublier le " It's alive " des RAMONES bien sûr dans un registre plus rock ). A partir de ce jour il n'y a plus eu que la scène hard core qui m'a intéressé, car je détestais l'affiliation de la scène punk française de ces années avec le mouvement skinhead, en ayant un peu trop fait les frais à plusieurs reprises au cours de mes séjours en Angleterre. C'était une époque très violente ( que je suis content d'avoir vu disparaître, et que je ne regrette pas le moins du monde ) où tu te faisais latter la gueule, vitrioler ou dépouiller pour une histoire de look ou de blouson. Il y a des noms et des visages que l'on oublie pas, même s'ils se sont donnés un aspect plus sociable avec le temps. J'ai ensuite découvert la scène punk hard core américaine avec différentes compil ( " Underground hits " avec les ANGRY SAMOANS, BAD BRAINS, BLACK FLAG et SACCHARINE THRUST, et surtout " God Bless America " avec CIRCLE JERKS, AGENT ORANGE, RED CROSS, THE CROWD, SHATTERED FAITH … ), MAXIMUM ROCKNROLL, MUSIC CALIFORNIA sur la 2 ( La seule fois où on a pu voir BLACK FLAG, HÜSKER DÜ, MINUTEMEN, X, et D.I sur une chaine française ! ), HEIMAT LOS, et là je n'en ai plus jamais décroché. J'aimais à la fois leur musique plus fraîche et plus rapide, ainsi que leur absence de look.

12/ A ton avis qu'est-ce qui manque le plus en France dans la scène punk ?
Des structures plus souples qui permettraient à de jeunes labels de se développer de manière professionnelle sans être assujettis à autant de taxes dès le départ, des mesures moins draconiennes sur l'organisation de concerts qui permettraient aux groupes de continuer de tourner et jouer dans des bars. Une meilleure répartition des subventions permettant à des groupes français de tourner à l'étranger au lieu d'y envoyer systématiquement des troupes de théâtre, ou d'aider des films d'art et d'essai pour gamins friqués dont personne n'a que foutre en dehors de nos frontières.

13/ Ecoutes-tu autre chose que du punk ( au sens large ) ? Penses-tu encore écouter du punk à 40 ans ?
Contrairement à pas mal de gens que j'ai côtoyés dans ma vie, c'est le genre de question que je ne me suis jamais posé, et je m'en contrefous au plus haut point. Je pense sincèrement que je continuerai à écouter du punk à 40 ans dans la mesure où j'en écoute depuis près de 20 ans en y prenant toujours autant de plaisir. Je ne vois pas pourquoi il faudrait arrêter d'écouter tel ou tel style de musique une fois arrivé à l'âge adulte. C'est aussi stupide que de se sentir obligé de se marier et d'avoir des enfants à un âge défini. Pour moi, la musique est quelque chose de strictement personnel au même titre que la peinture ou ses sensibilités amoureuses, et mes goûts en la matière ne regardent que moi. On ne vit qu'une vie, autant la mener comme bon nous semble sans heurter personne, et sans se soucier du regard des autres. Le punk rock n'est pas ma vie, mais fait partie de choses parmi tant d'autres que j'apprécie. Il m'arrive d'écouter d'autres choses que du punk rock comme de la pop anglaise, de la soul music, tout dépend de l'inspiration du moment et de mes humeurs. Mais de manière générale, j'ai besoin d'une musique dont je me sente proche tant au niveau du son que des thèmes abordés, c'est pourquoi je suis totalement réfractaire à tous ces ersatz de variété que l'on essaye de nous faire passer pour autre chose.

14/ Projets ?
La sortie du premier album de EIS de Saint-Etienne en coprod SMALL BUDGET / SHARK ATTACK / SAUF IMPREVU, puis un 10'' EP des NEUROTIC SWINGERS de Marseille, que j'adore, à sortir en février / mars prochain. Je voudrais sortir assez rapidement le numéro 28 de RAD PARTY fêtant avec un peu de retard les 10 ans du zine, mais je rame un peu pour l'écrire, trop de choses à raconter…

15/ Mot de la fin, anecdotes, message au monde entier ?
Juste un grand merci pour ton interview très sympa. Je pense m'être suffisamment étalé sur les différents thèmes que tu as abordés pour ne pas avoir besoin d'en rajouter davantage. N'hésitez pas à nous contacter pour avoir plus d'info sur l'asso et recevoir notre liste de distro, ou tout simplement consulter directement notre site.

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